Je vais donc aujourd'hui encore t'écrire ce que je ne peux plus t'écrire. Tu ne veux plus recevoir mes lettres, d'accord. Tu ne peux m'empêcher de les écrire, d'accord ?
Cette nuit j'ai rêvé de toi. Une fois encore, j'ai rêvé de toi.
Tu passais au travers de moi comme si je n'existais pas. Tu tenais ta fille par la main et ta femme par la taille. Vous descendiez en plein soleil le chemin que je montais avec le soleil dans
le dos.
Je n'aime pas me réveiller sur un rêve désespérant mais je ne choisis pas, je ne peux que me réveiller quand la sonnerie me secoue, debout ! Va bosser, bouge-toi, envoie ce rêve aux oubliettes et
prépare le café après avoir pissé.
Qu'est-ce que tu crois ? Tout le monde fait comme toi, ma pauvre. Chacun de nous se propulse vaille que vaille dans une journée qu'il ne choisirait pas de vivre s'il la connaissait à
l'avance.
C'est faux.
Je ne connaissais à l'avance de cette journée que ton absence et les traces d'un rêve triste.
Pourtant elle a été joyeuse.
Les surprises se sont enchaînées aux rencontres inattendues, j'ai entendu des mots qui ont fait comme des tremplins vers autrement, j'ai vu des regards ouverts qui ouvraient, et j'ai ri.
Tu te rends compte ? Tu n'étais pas là et j'ai ri, tu n'es pas là et je ris.