Ma voisine m'a appelée par la fenêtre ouverte. Oui, les fenêtres sont ouvertes, déjà. Fin janvier, on ouvre les fenêtres en grand pour faire le ménage quand le soleil est aussi doux.
Je suppose que toi, tu t'occupes de ton jardin.
Elle faisait son ménage, un fichu sur la tête. Il y a encore des femmes qui mettent un fichu sur la tête quand elles enlèvent la poussière ; ça ne la flattait pas, ses cheveux sont ce qu'elle a de
plus beau. C'est toi qui m'a dit ça en la reluquant par la fenêtre justement, un jour de mai. Ses cheveux sont ce qu'elle a de plus beau. Ce n'est pas un compliment, pas vraiment. J'aurais pourtant
voulu prendre ma paire de ciseaux, traverser, frapper à sa porte, et les couper d'un coup, ces foutus cheveux.
Je lui ai fait un grand sourire.
Si tu avais été là, même avec ce fichu qui cache ce qu'elle a de plus beau, je ne lui aurais pas souri. Ce qu'elle a de plus beau, tu comprends, ça suppose qu'autre chose de sa personne est beau,
non?
Ma jalousie te faisait rire.
Elle te flattait.
Puis elle ne t'a plus fait rire. Elle te gonflait.
par Clémence Bène
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